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24 sep 2007

Madagascar, par la nationale 7

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Écrit par mchartier   
24-09-2007

Madagascar a, elle aussi, sa RN 7. En direction du sud-ouest, elle relie Antananarivo à Tuléar, point de jonction entre le tropique du Capricorne et le canal du Mozambique.
Empruntant cet axe majeur, partons à la découverte de l'île Rouge. Considérée comme l'une des contrées les plus déshéritées de la planète, elle est aussi une terre promise pour les naturalistes.


Premier contact avec les réalités locales : le temps qui, tout à coup, prend une autre mesure
(mora, mora ! doucement, doucement ! dit-on là-bas), le chef de la police des frontières qui se fait attendre pour apposer un visa sur le passeport, les porteurs qui vous accostent pour proposer leurs services en tentant de prendre illico en charge vos bagages, le douanier qui fouille consciencieusement certaines valises...
Le ton est donné, alors qu'à peine débarqué de l'avion, on a encore quelque difficulté à reprendre ses esprits. Madagascar, "terre de contrastes" : il semblerait que ce cliché prenne ici tout son sens. Dans ce contexte, le tourisme doit être vécu avec la plus scrupuleuse discrétion, sans voyeurisme ni ostentation. Sans mauvaise conscience également. Il fait en effet désormais partie des choix politiques du pays qui nous accueille, comme un atout supplémentaire sur la voie de l'espoir et du développement économique.

"Tana"
La capitale malgache n'est pas très représentative des richesses touristiques de la "Grande Île". Il y ceux qui aiment et ceux qui n'apprécient guère. Tananarive - Antananarivo en version originale, "Tana" dans le langage courant - est une ville chaotique, aux embouteillages mémorables. Il est vrai que les responsables de l'urbanisme ont renoncé aux feux tricolores (vous n'en rencontrerez plus un seul aux croisements) pour réguler la circulation. Place aux seuls policiers qui se démènent comme de beaux diables et avec dextérité pour démêler cet imbroglio.
Quelque sites méritent néanmoins une visite. En tout premier lieu, l'un des symboles de la ville aux douze collines : le palais de la Reine (Rova). Construit en 1939 par le Français Jean Laborde pour la célèbre et non moins cruelle reine Ranavalona 1ère, cet édifice a perdu sa structure en bois dans un incendie (criminel ?) en 1995. Il a maintenant des allures de fantôme avec sa carcasse de pierre édifiée par l'Écossais James Cameron pour compléter l'oeuvre de Laborde. Il abrite les tombeaux des principaux souverains ayant régné sur Madagascar.
Jusqu'à un passé récent, Antananarivo était réputée pour son marché (Zoma) aux mille et une échoppes abritées sous de grandes ombrelles blanches. Cet immense bazar de plein air attirait, surtout le vendredi, une foule très dense de badauds et autres fouineurs à la recherche de tout et de rien. Malheureusement pour les touristes en quête d'insolite et d'exotisme, mais heureusement pour la salubrité et la tranquillité desdits touristes, le marché s'est fait la malle. Il a été démantelé et réimplanté en divers endroits périphériques. C'est là qu'il faut aujourd'hui aller chercher la féerie des couleurs et des senteurs... tout en surveillant sa droite, sa gauche et ses arrières pour ne pas servir de proie facile aux pickpockets, de triste renommée, de "Tana".
L'architecture, ou plutôt les architectures de la capitale malgache peuvent attirer le regard. On prêtera une attention particulière aux vieilles demeures traditionnelles construites en briques. Ce patrimoine bâti aurait très souvent besoin d'un bon rafraîchissement, mais le charme est réel.
Combien d'habitants dans la capitale malgache ? Les chiffres avancés oscillent entre 1,3 million pour la ville elle-même et 3, voire 4 millions pour l'ensemble ville-périphérie. Les trottoirs sont grouillants de monde. La foule des personnes désoeuvrées et des gosses ne connaissant apparemment pas le chemin de l'école se fond au milieu de l'avalanche des petits métiers.
Vue de sa partie haute, la ville apparaît comme un gigantesque puzzle sans ordre ni logique, nappé d'une brume blanchâtre qui, paradoxalement, prend sa part de la poésie ambiante. On est à quelque 1 300 mètres d'altitude et l'air plus raréfié ne facilite pas la résorption de la pollution atmosphérique.
Étonnant spectacle que ces rizières toutes proches, alimentées par un système d'irrigation mis en oeuvre, début XIXème siècle par le roi Andrianampoinimerina (il faudra s'habituer à ces noms à rallonge !). Campagne et ville, aux abords de cette dernière, sont imbriquées l'une dans l'autre, comme pour rappeler que le riz demeure la nourriture première des Malgaches.

Cap au sud
Il faut quitter "Tana", quand bien même commençait-on à y trouver quelques repères. La nationale 7 nous attend.
Première halte : Antsirabe (littéralement : "là où il y beaucoup de sel"), la "Vichy" malgache, avec son "Centre national de crénothérapie et de thermoclimatisme", son architecture coloniale, sa gare ferroviaire désaffectée, ses 6 080 pousse-pousse (qu'il vaudrait mieux appeler tire-tire) et autant de pousseurs dûment immatriculés, sa brasserie Star produisant une honnête Three horses beer, son atelier de miniatures où Mamy Rajamason affirme et prouve que "rien ne se perd, tout se transforme"...
Antsirabe est inséparable de son lac de cratère Tritriva, né en 1450 d'une éruption volcanique et ayant pris la forme de l'île de Madagascar. Selon une légende, deux jeunes amants s'y seraient noyés en se jetant du haut de la falaise, par désespoir de ne pouvoir vivre leur idylle à cause du refus de leurs parents respectifs. Le guide local vous raconte dans la foulée que les eaux bleu turquoise du lac changent de couleur lorsque se produit un événement national très important (par exemple en 1947, année de l'insurrection contre la puissance coloniale). Et de poursuivre avec cet autre constat pour le moins énigmatique : les eaux du lac montent en période de sécheresse et baissent durant la saison des pluies. Raison invoquée : un système de vases communicants. Même le commandant Cousteau y serait allé de son exploration. Quant au vazaha ("étranger") Louis Victor qui, en 1943, voulut vérifier la véracité d'une curieuse racine se mettant à saigner à la moindre écorchure, il fut puni de son incrédulité. Il ne put revenir à la nage et périt noyé au milieu du lac. Morale de l'histoire : mieux vaut croire aux légendes ! D'autant qu'à Madagascar, la parole des Anciens est sacrée. En aucun cas, il ne pourrait être question d'enfreindre les tabous nés des traditions transmises par eux.


Les hautes terres
La nationale 7 suit, en direction du sud, la dorsale cristalline de Madagascar. D'Antsirabe à Fianarantsoa, la route a été construite sur l'axe des "hautes terres", une région montagneuse d'une altitude de 1 300 mètres.
De part et d'autre, les rizières succèdent aux rizières, à perte de vue, jusque sur les flancs de la montagne au relief transformé par le travail de l'homme en gradins géants. Symphonie de différents verts entrecoupés par le rouge foncé de la terre et des nombreuses briqueteries artisanales, puis par les îlots de fabrication de charbon de bois, unique combustible utilisé pour la cuisine. Impression de travail bien fait, méthodique...
Cette conquête des terres cultivables a toutefois son revers dont il serait urgent de mesurer l'impact économique et écologique : la déforestation. Madagascar a ainsi perdu 85 % de sa couverture forestière originelle. Certes, des campagnes de replantation ont été entreprises. Mais la culture sur brûlis et l'abattage des arbres pour la fabrication de charbon apparaissent toujours comme indispensables à la survie de la population malgache, quitte à dénaturer de manière irréversible l'une des richesses premières de l'île Rouge : ses paysages.
Fianarantsoa est présentée comme une ville de transition à caractère culturel et religieux. Le dimanche matin, comment ne pas remarquer le nombre impressionnant de fidèles se rendant à la cathédrale ? Enfants et adultes sont tout de propre vêtus, le missel sous le bras. Certains hommes arborent même un étonnant costume-cravate alors que la température doit friser les 30 degrés. Viscéralement attachés à leur religion traditionnelle inspirée par le culte des ancêtres et de nombreux interdits, les Malgaches la concilient avec le rituel des religions chrétienne ou musulmane. Une manière comme une autre sans doute de personnaliser des croyances importées par la colonisation.

Le "paradis terrestre"
Après Ihosy, au milieu des steppes herbeuses du plateau de l'Horombe, la route asphaltée fait soudain place à une piste en terre de 70 km de long. De la vraie tôle ondulée, ponctuée d'innombrables nids de poule et obstacles plus sérieux. De-ci de-là, des troupeaux de zébus suivent leur chemin, guidés par l'herbe rase qu'ils paissent méthodiquement, en attendant le lointain marché où s'arrêtera définitivement leur périple.
Nous avons rejoint le territoire des Bara dont la réputation de voleurs de zébus perdure à ce jour. Se servir dans le cheptel du voisin était (est encore ?) une tradition de cette société, applicable à tout jeune homme en âge de se marier pour donner la preuve de son courage, de sa virilité.
Le parc de l'Isalo (prononcer Ichale) représente un temps fort du voyage en terre malgache. Créé en 1962 et géré par l'omniprésente Association nationale de gestion des aires protégées (ANGAP), cet espace naturel couvre une superficie de 81 540 hectares. C'est l'un des cinquante réserves et parcs nationaux. "Vous entrez dans le paradis terrestre" annonce solennellement Joseph, notre guide. En contrepartie de certains engagements (ne pas chasser, ne pas allumer de feux de brousse, ne pas s'adonner au trafic de richesses naturelles), la quinzaine de villages encerclant le parc perçoivent 50 % des recettes.
Plusieurs visites sont possibles, variables en distance et en durée. Le Canyon des makis ou "Colorado malgache" peut suffire pour une première approche de l'infinie variété des espèces végétales de l'île et de l'une des gloires locales : le lémurien. Ce mammifère, dont les cinq familles n'existent simultanément qu'à Madagascar, évolue dans les arbres, d'une branche à l'autre, avec grâce, agilité et moult facéties. Peu soucieux de ne faire partie que d'un sous-ordre de primates, il compense à lui tout seul l'absence, en forêt malgache, des grands habitants de la brousse africaine que sont les éléphants, les girafes, les lions, les antilopes...
Lors de notre passage, pour des raisons qui évidemment nous échappent, seul le propithèque de Verreaux était au rendez-vous. Avec son pelage blanc et sa jolie frimousse noire, il ne passe pas inaperçu. Pour épater les vazahas, il y va même de quelques acrobaties spectaculaires. Sous ses côtés coquins et à l'inverse des makis, le propithèque est monogame et fidèle en amour. C'est en tout cas ce qu'affirme notre guide !

Et enfin le Paradisier !
Après avoir slalomé dans le massif ruiniforme de l'Isalo, notre bonne vieille nationale 7 file tout droit vers un panorama qui, une nouvelle fois, change très rapidement. Finies les hautes terres. Sur quelques kilomètres, voici l'Eldorado façon malgache, avec ses enseignes multicolores. Une nouvelle fièvre s'est emparée de Saphira et Sakaraha, deux villages sans âme, presque factices : la recherche des pierres précieuses. Un énorme caillou trouvé un jour par un prospecteur a fait et continue de faire miroiter aux yeux de tant d'autres chercheurs moins chanceux le gain d'un miraculeux jackpot. Chacun y va de son trou dans son coin, en pleine nature. Des fois que... "Nous sommes en plein Far West, avoue notre guide. Il serait risqué de se hasarder tout seul par ici." Bonjour l'ambiance !
Passons donc notre chemin, pour la dernière étape du voyage. Du territoire Achafaly, on retiendra l'importance très visible donnée à la célébration de la mort. Les tombeaux, épars dans la campagne, sont de solides constructions en pierre. Les murs sont recouverts de dessins naïfs représentant la vie ou les rêves inaccomplis du défunt. Les tombeaux sont chapeautés de sculptures en bois et des cornes des zébus ayant appartenu au défunt et sacrifiés pour la cérémonie des obsèques.
Tuléar ne mérite guère le détour, sinon qu'il faut bien transiter par cette ville sans intérêt touristique particulier. Fin de la nationale 7 !
Place maintenant au dernier tronçon de route, direction Ifaty, destination ultime du voyage. En fait de route, il s'agit d'une piste de sable. Le 4x4 justifie ici pleinement son utilisation. Une heure pour trente kilomètres, de quoi laisser de bons souvenirs. Régulièrement, faute de pouvoir le dépasser, il faut suivre un camion ou un taxi-brousse dont le volume a quasiment doublé avec l'entassement des bagages sur la galerie. Lorsqu'un véhicule d'un autre âge tombe en panne, mieux vaut prendre son mal en patience.
Ifaty marque le terme du périple, avec ses nombreux hôtels, dont le Paradisier, sa forêt de baobabs, son parc ornithologique et toutes les distractions qu'offre la mer.
Au large, sur le canal du Mozambique, on aperçoit l'écume des vagues qui franchissent, dans un grondement sourd et continu, la barrière corallienne. Plus proche, un Vezeo revient de la pêche sur sa pirogue à balancier, mue par une voile de fortune et à coups réguliers de pagaie. Nul doute qu'il y aura du poisson frais, peut-être même de la langouste, au menu du dîner...
(novembre-décembre 2003)












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