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23 sep 2007

Brésil, de toutes les couleurs

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Écrit par mchartier   
23-09-2007

 

Carnet de route d'un voyage effectué fin 2002, incluant Salvador de Bahia, la plus africaine des villes brésiliennes, le spectacle grandiose des chutes d'Iguaçu et l'incomparable Rio de Janeiro, la "Cidade maravilhosa" dont le destin semble à tout jamais lié à la fête.


Le Brésil est à lui seul un continent. À l'étroit dans les clichés qui le qualifient trop facilement, il prend plaisir à nous surprendre. Pour mieux nous séduire.
Voici quelques images éparses d'un pays où tout semble démesuré. Même la joie de vivre. Un pays qui ne peut en tout cas laisser indifférent.

 

 

Salvador de Bahia
Bem-vindo à terra da magia!
Le ton est donné d'emblée dès notre arrivée à Salvador après quelque treize heures d'avion et une escale de deux heures à São Paulo. Maria, notre guide bahianaise, s'empresse d'accompagner la formule d'accueil inscrite sur les murs de l'aéroport par un conseil approprié: «Oubliez votre logique! Pendant votre séjour au Brésil, tentez plutôt de vous glisser dans notre propre logique! Ici comme ailleurs, nous avons nos problèmes, mais nous pensons toujours que ça ira mieux demain.»
Salvador de Bahia fut la première capitale du Brésil et le restera jusqu'en 1763. Le site sur lequel elle a été construite aurait été découvert le 1er novembre 1501 par le navigateur italien Amerigo Vespucci.
Sur ordre du roi du Portugal Jean III, Tomé de Sousa débarque en 1549 dans cette baie de Todos os Santos, accompagné de quatre cents soldats et d'autant de colons, dont des prêtres et des prostituées. Il y crée la cité-forteresse de Salvador.
Cette ville est la véritable plaque tournante de l'économie du Brésil colonial: exportation de sucre, de tabac, de bovins, d'or et de diamants; importation d'esclaves africains.
Jusqu'à ce jour, Salvador est considérée comme l'«âme africaine du Brésil». Les Noirs y perpétuent leurs traditions amalgamées aux pratiques du catholicisme, notamment la candomblé et la capoeira.
La candomblé est une danse religieuse typiquement afro-brésilienne pratiquée dans l'enceinte d'un "terreiro". Rythmée par des phases de transe, moments principaux de la cérémonie, cette fête est donnée en l'honneur des orixás, divinités masculines ou féminines issues des traditions africaines et ayant leurs équivalents chrétiens. Ce syncrétisme religieux doit son existence au fait que les esclaves noirs, pour pouvoir continuer à vénérer leurs divinités, durent les associer à des saints du catholicisme.
La capoeira est un combiné de danse et de jeu inspiré d'une lutte africaine qui fut inventée par les esclaves noirs pour combattre symboliquement leurs maîtres. Évidemment interdite par ces derniers, elle était pratiquée clandestinement. Elle resta prohibée jusque dans les années 1920. Puis, vers 1930, elle fut transformée en danse acrobatique, sous l'impulsion de Mestre Bimba qui créa sa propre académie. À partir des années 1960, elle prendra sa place en toute légalité dans la société brésilienne et deviendra une véritable institution artistique à Bahia. En 1973, elle est devenue sport de compétition, entre les arts martiaux et la danse acrobatique.
Au nombre des curiosités touristiques de Salvador:
* l'ascenseur Lacerda et le funiculaire Gonçalves reliant la Ville haute à la Ville basse;
* l'église N.S. Do Bonfim, chef-d'oeuvre de l'art baroque qui a atteint son apothéose au Brésil avec Antonio Francisco Lisboa dit l'Aleijadinho (1730-1814). Elle a été construite en 1745 et est réputée pour ses guérisons miraculeuses;
* le Mercado Modelo, un amoncellement d'échoppes de souvenirs, sécurisé par la présence de policiers. Le guide Lonely Planet qualifié ce marché d'artisanat comme «la pire concession de Salvador à l'industrie du tourisme». L'ambiance y est néanmoins très animée. Bar-restaurant à l'étage, avec vue très agréable sur le port;
* le Pelourinho, quartier où se trouvent les plus anciens édifices de la ville. Considéré comme le plus important vestige de l'architecture coloniale des XVIIe et XVIIIe siècles des Amériques, il a été classé Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1985. Le nom pelourinho signifie le poteau (pilori) où l'on attachait les esclaves pour les vendre aux enchères et les fouetter, supplice infligé dans le plus pur respect de la loi jusqu'en 1835;
* la cathédrale et l'église Saint-François (art baroque et azulejos);
* les ruelles de la Ville haute, bordées de maisons de style colonial.

Le carnaval de Salvador est moins réputé que celui de Rio, mais sans doute plus authentique. Salvador se définit elle-même comme «a capital da alegria» (la capitale de la joie).
Originaire de cette ville, Jorge Amado (1912-2001) est le romancier le plus célèbre du Brésil. Il fut communiste à une époque où le communisme était un «gros mot» dans son pays. Écrivain engagé, il a trouvé les thèmes majeurs de ses oeuvres dans les scènes de la vie populaire et sa révolte contre toute forme d'exploitation.
Amado eut deux passions amoureuses: Zélia Gattai, son épouse, et Paris où il venait très fréquemment. «Embrassez Paris, confiait-il à Georges Moustaki, et mangez un morceau de pain parisien, trempé dans du vin rouge, en mon honneur.»


Iguaçu
C'est l'un des sites les plus fréquentés du Brésil. Les deux millions de visiteurs annuels sont accueillis dans la centaine d'hôtels de Foz do Iguaçu, une ville sans intérêt touristique, construite au carrefour de trois pays: Brésil, Argentine et Paraguay.
Le rio Iguaçu traverse tout l'État du Paraná avant de déboucher sur une dénivellation de 4 km de largeur, créant un spectacle grandiose, inoubliable: une suite impressionnante de 275 cataractes, dont la célèbre Gorge du Diable. Elles s'étalent sur un front de 3 km de largeur. Certaines atteignent plus de 80 m de hauteur, un record qui fit dire à Eleanor Roosevelt: «Mon pauvre Niagara!»
Les chutes d'Iguaçu se visitent du côté brésilien (panorama général), dans l'enceinte du Parque nacional do Iguaçu (classé Patrimoine mondial naturel par l'Unesco), et du côté argentin (observation plus rapprochée). Lorsque le navigateur espagnol Dom Alvar Nuñez, surnommé "Cabeza de Vaca" (Tête de Vache), les découvrit en 1542, à la recherche d'une route vers le Paraguay, il se serait exclamé: «Mon Dieu! Que de beauté!» Puis il fut englouti par les flots.

Le barrage d'Itaipu (7 760 km de long, 196 m de haut) a été construit à une vingtaine de kilomètres au nord de Foz do Iguaçu par le Brésil et le Paraguay. La première unité génératrice a été mise en service le 5 mai 1984. Le barrage en comporte aujourd'hui vingt qui fournissaient, en 2002, 89 % de l'électricité consommée au Paraguay et 24 % du total de la demande du marché brésilien.
Ce barrage hydroélectrique est classé parmi les sept merveilles technologiques mondiales, aux côtés du canal de Panama, du pont Golden Gate et du tunnel sous la Manche.
Avec 170 km de long et 7 km de large, le lac de retenue des eaux est l'un des plus grands lacs du monde.
Quantité de fer utilisée dans la construction du barrage: 478 270 tonnes, soit, se plaît-on à commenter à Itaipu, de quoi construire 380 tours Eiffel!


Rio de Janeiro
Découverte le 1er janvier 1502 par le Portugais André Gonçalvez, la baie de Guanabara fut dénommée par lui «Rio de Janeiro» (Rivière de Janvier). Les Français, conduits par le chevalier Nicolas Durand de Villegagnon, furent les premiers à s'y installer en 1555 pour y fonder la «France antarctique». Les soldats avaient reçu la consigne de «ne pas paillarder avec les chiennes d'Indiennes»! Ils seront battus dès 1560 par les Portugais, sous le commandement du gouverneur Mem de Sá, puis définitivement chassés du pays cinq ans plus tard par les troupes du commandant Estácio de Sà.
Les Indiens appelèrent les maisons des Blancs «cariocas». Ce nom deviendra rapidement celui des habitants eux-mêmes.
À la fin du XVIIIe siècle, la ville prend une réelle importance économique (commerce de la canne à sucre et de l'or du Minas). Elle devient ainsi la capitale de la colonie en 1763, supplantant dans ce rôle Salvador de Bahia.
La famille royale portugaise s'y installe en 1808. C'est alors que commencent d'importants travaux d'urbanisme et d'aménagement du site portuaire. Au début du XXe siècle, Rio est l'une des plus belles villes du monde, haut lieu de la finance, du commerce, de l'élégance, de la fête (le premier carnaval s'y déroule en 1852) et de la flânerie. Elle est la «Cidade maravilhosa».
En 1960, elle perd son statut de capitale politique du Brésil au profit de Brasília. Elle n'en conserve pas moins son rôle économique et culturel majeur.
À ne pas manquer:
* le Pain de Sucre (l'appellation «Pao de Açucar» vient de l'indien «Pau nd acuqua» qui signifie «Rocher isolé et pointu»). D'une hauteur de 396 m, il est accessible par téléphérique;
* les plages mythiques de Copacabana et Ipanema;
* le Corcovado: cette statue du Christ Rédempteur a été construite, de 1926 à 1931, au sommet d'une colline de 710 m d'altitude. Elle pèse 1 145 tonnes et mesure 30 m de haut hors socle, pour 28 m d'envergure. La tête pèse à elle seule 30 tonnes et est composée de 30 pièces différentes. Conçue par Heitor da Silva Costa, la sculpture a été réalisée sur des dessins de Carlos Oswald et des maquettes (pour la tête et les mains) du sculpteur français Paul Landowski. Les éléments en béton armé ont été assemblés sur le piton du Corcovado sous la direction de l'ingénieur en chef Heitor Lévy;
* le jardin botanique créé en 1808 par Dom João VI sur l'emplacement d'une ancienne plantation de canne à sucre. Cinq mille espèces végétales y poussent. L'allée principale est bordée de palmiers impériaux plantés en 1842;
* la cathédrale inaugurée en 1976;

* le stade du Maracaña, symbole de la passion du peuple brésilien pour le football. Il a été inauguré le 16 juin 1950 pour la Coupe du Monde. Seule surprise, mais elle fut de taille: la Seleção y a perdu la finale contre l'Uruguay. Elle y avait toutefois gagné un stade unique au monde par sa taille: construit pour 200 000 spectateurs, il n'en accueille plus aujourd'hui, pour des raisons de sécurité, que 120 000.
Les favelas, dont les 600 de Rio, sont des quartiers pauvres des grandes villes. Des millions d'habitants s'y entassent dans des conditions de vie très précaires, même si les services indispensables à la vie quotidienne sont assurés: école, transports en commun, commerces, banques, eau courante, électricité, ramassage des ordures...
Ces lieux d'insécurité, de criminalité et de violence policière, repaires des organisations mafieuses et des trafiquants de drogue, font l'objet de réalisations sociales et économiques non négligeables de la part des favelados mettant en oeuvre leur sens de l'entraide et de la solidarité. Les guides touristiques que nous avons rencontrés ont tenu en tout cas à nous en donner une image non misérabiliste.
Première femme noire à entrer au Sénat, gouverneur de l'État de Rio jusqu'à l'élection du président Lula, Benedita da Silva est née dans l'une des favelas les plus pauvres de Rio.


Samba
Terminons en beauté ce long (en distance) et court (en durée) périple avec la samba. Le Dictionnaire Larousse de la chanson mondiale la définit ainsi: «Exubérante et sensuelle, elle est surtout le témoignage du syncrétisme culturel brésilien, et la pierre fondatrice du plus célèbre des carnavals.»
La samba n'est pas une exclusivité de Rio de Janeiro, mais elle y est née au début du XXe siècle. Le mot pourrait venir de l'angolais semba, qui signifie «se frotter nombril contre nombril», ou «être animé, excité».
La première samba enregistrée fut Pelo Telefone (Au téléphone). Sa partition fut déposée en 1916. Elle était signée de Pixinguinha pour la musique, et du chanteur Donga pour les paroles.
En évoluant et en s'associant au jazz moderne, ce genre musical a donné naissance, dans les années 1950, à la bossa-nova (inventée par Tom Jobim, Vicinius de Moraes et João Gilberto), puis au tropicalisme, mouvement lancé par Caetano Veloso et Gilberto Gil (influence du rock et de la pop music, avec introduction de la guitare électrique).




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