Trois raisons principales incitent aujourd'hui à visiter ce
pays: les étonnantes richesses de son environnement naturel, l'intérêt
pour les premières pages d'une histoire écrite par le post-apartheid
après le "miracle" démocratique de 1994, une diversité ethnique et
culturelle que le géant africain sait préserver.
Après onze heures de vol, nous atteignons Johannesbourg (prononcer
Jo'burg). En cette mi-décembre, c'est là-bas presque l'été,
annonciateur d'une symphonie de couleurs généreusement offerte par une
nature qui, à elle seule, vaut le déplacement. C'est du moins la
promesse alléchante des tracts touristiques consultés avant le départ.
En réalité, le premier contact avec l'Afrique du Sud est moins
bucolique, moins poétique. Jo'burg (ça y est! on s'y fait) est la ville
de tous les records: deuxième ville en étendue, après Le Caire, du
continent africain; le plus grand immeuble en béton du monde (Carlton
Tower); les plus forts orages de tout l'hémisphère austral et, pour
corser le tout, le taux le plus élevé au monde de criminalité. À ne pas
mettre un touriste dehors!
Et pourtant, on ne se contente pas de traverser la ville le nez collé
aux vitres de l'autocar. Si un seul arrêt s'impose, c'est bien
celui-là: Soweto, la très célèbre township
noire. Sur 95 km², trois millions d'habitants s'entassent dans des
conditions souvent innommables. On nous précise que des mesures sont
prises pour (tenter de) résorber cette dramatique et inhumaine
situation, grâce notamment à des programmes municipaux de construction
d'habitats sociaux, du genre «elephants houses».
Quiet, notre guide local, tient à souligner que Soweto n'est pas un
désert institutionnel puisqu'on y trouve un hôpital de 3 000 lits, 178
écoles primaires, 71 écoles secondaires et une université. Et
d'ajouter, le plus sérieusement du monde, qu'on y dénombre même
vingt-trois millionnaires!
Quelques arrêts marquent cette première étape: l'église Regina Mundi
qui servit de «parlement noir» et fut la cible de répressions très
violentes du temps de l'apartheid, le mémorial dédié à Hector Peterson
(enfant tué durant les émeutes estudiantines de juin 1976), la maison
de Nelson Mandela et celle, voisine, de l'archevêque Desmond Tutu. Deux
Prix Nobel de la paix à si peu de distance: un autre record du monde!
Pretoria
C'est, faut-il le rappeler? la capitale administrative de l'Afrique du
Sud. L'atmosphère y est différente de celle de Johannesbourg, sans
doute plus sereine, présentant moins de risques pour le touriste, plus
jeune et dynamique également du fait de la présence de nombreux
étudiants et instituts scientifiques.
Cette ville n'en est pas moins elle aussi celle de tous les records: le
plus grand palais gouvernemental d'Afrique, le plus grand zoo du
continent, la plus grande concentration de jacarandas, la plus longue
avenue rectiligne...
Un
arrêt est à faire au Voortrekkers Monument. Construit en 1938, cet
édifice fut érigé à la gloire des Boers, «tribu blanche d'Afrique»,
qui, par leur détermination et l'introduction de leur culture, créèrent
les premières ébauches d'un État sud-africain. Cette page d'histoire,
toute vouée à la mémoire des Afrikaners, est entachée du sang de cruels
combats, celui en tout premier lieu du 16 décembre 1838 au cours duquel
470 Boers, commandés par Andries Pretorius, vainquirent 1 200 Zoulous.
Chaque 16 décembre, un rayon de lumière illumine un cénotaphe où est gravée cette phrase: «Ons vir jou, Suid-Afrika – Nous serons là pour l'Afrique du Sud.»
«La création la plus parfaite de la nature»
Séquence économie pour le deuxième jour du périple, avec la visite de
la mine de diamants Premier de Cullinan, exploitée par la société De
Beers Consolidated Mines.
Curieuse sensation de passer, presque sans transition, de Soweto à
l'univers du luxe. De la mine, on ne voit en fait que la surface, la
face la plus brillante dirons-nous. Il y sera évidemment question des
gloires de l'entreprise qui a contribué à orner certaines têtes
couronnées, de chiffres à donner le tournis sur le nombre de tonnes de
minerai traitées depuis l'ouverture de la mine en 1888, de
participation au développement économique de la région, etc. Comment,
en effet, ne pas être béat d'admiration par ce qu'une vidéo de
promotion présente comme «la création la plus parfaite de la nature»?
Dans le même temps, il est non moins évident que la «shining light of
Africa» ne brille pas de la même manière pour tous!
Le secret bien gardé sur la puissance économique de De Bers reste
inaccessible au profane. Quelque information glanée tant bien que mal
fait néanmoins état, pour l'année 1997, d'une vente de diamants pour un
montant global de 4,8 milliards de dollars.
Une précision: l'Afrique du Sud doit maintenant faire face à la
sérieuse concurrence des Canadiens et des Australiens. Mais sur fond de
cette course à l'excellence économique, la séduction exercée par
l'éclat du diamant reste éternelle. Elle continue, à sa manière, à
entretenir le rêve.
Changement de décor
Suit une séquence ethnologie dans la réserve de Botshabelo, à
Middleburg (Mpumalanga) où la reproduction d'un village traditionnel
permet une première ouverture sur la culture Ndebele (du groupe
linguistique des Nguni).
L'art graphique issu de cette culture est mondialement connu. Il est
essentiellement l'oeuvre des femmes qui, à l'aide de formes
géométriques et de couleurs très vives, décorent les murs de leur umuzi
(enclos contenant plusieurs maisons). À l'occasion du passage
d'étrangers, elles revêtent leur habit traditionnel fait de tissus très
colorés, de colliers de perles et d'anneaux de cuivre portés autour du
cou et des chevilles. Le
caractère quelque peu factice de ce contact en atténue, certes,
l'authenticité. Mais une approche de la réalité multiraciale de
l'Afrique du Sud doit se soumettre à ce rituel grâce auquel, il faut le
croire, les populations plus défavorisées toucheront également quelques
dividendes de la manne touristique.
Les «Big Five»
On
nous l'annonce: voici venu l'un des temps forts du séjour avec un
safari, départ matinal à la clé, à l'intérieur du «Kruger», l'un des
plus grands et des plus beaux parcs naturels de la planète.
Ce parc occupe la bagatelle de 20 000 km², le long de la frontière du
Mozambique. On le visite en 4 x 4, sous la responsabilité d'un ranger
et selon un itinéraire qui varie suivant l'inspiration du moment et,
surtout, la probabilité de rencontrer sur son chemin les célèbres «Big
Five», à savoir le lion, l'éléphant, le buffle, le rhinocéros et le
léopard, en plus bien entendu des autres habitants du parc.
Dans ce cadre naturel d'une fascinante beauté, surtout au printemps,
vivent 148 espèces de mammifères (dont 8 000 éléphants et 2 000 lions),
500 espèces d'oiseaux, 114 espèces de reptiles, 34 espèces
d'amphibiens, sans oublier les 400 types d'arbres complétant ce
somptueux inventaire.
Une journée entière ne suffira pas pour aller à la recherche des cinq
vedettes du parc. Le résultat, il est vrai, n'est jamais garanti, le
lion se révélant par exemple trop hautain pour esquisser quelques pas
en votre direction, ou le léopard ne manifestant aucun intérêt pour
votre curiosité. Mais qu'importe si le compte n'est pas bon en fin de
journée! À défaut, vous aurez peut-être eu le plaisir de croiser
quelques majestueuses girafes, quelques gnous énigmatiques. À coup sûr,
vous aurez pris tout le temps d'observer les facéties d'une ou
plusieurs familles de babouins et quelques troupeaux d'impalas
(antilopes) dont l'agilité vous laissera rêveur.
Détour par le Swaziland
Tant qu'à avoir mis le cap sur le plein sud de l'Afrique, mieux vaut
profiter du déplacement pour faire une courte escapade dans le
Swaziland voisin.
Le passage de la frontière est un brin longuet. Il introduit dans le
plus petit pays de l'hémisphère sud: 17 000 km², 970 000 habitants;
capitale: Mbabane. Le paysage varié, verdoyant et montagneux lui a valu
l'appellation de «petite Suisse» (encore une!). Mais la comparaison
s'arrête là, en dépit d'un effort évident de développement des
infrastructures, en particulier pour l'accueil des touristes.
Le
Swaziland, ex-colonie anglaise, est devenu un royaume indépendant en
1968. Nous sommes accueillis par Inkhosokati Lamtsetfwa, reine de la
résidence Esitjeni, mandatée par le roi Mswari III, au cours d'un
cérémonial qui, une fois encore, fait quelques concessions aux
exigences touristiques, mais n'en reste pas moins greffé sur les
traditions locales ancestrales: salutations, réponses aux salutations,
réponses aux réponses, re-salutations, discours de bienvenue,
démonstrations de techniques artisanales, danses... Atmosphère
mi-officielle mi-bon enfant, haute en couleurs, ponctuée de larges
sourires palliant les silences dus à la barrière linguistique...
Du «bush» à la mégalopole touristique
Le retour en Afrique du Sud est ponctué d'une halte au KwaZulu-Natal, autrement dit le pays zoulou présenté comme «a land of adventure, mystery, excitement and sheer physical beauty unsurpassed anywhere on the African continent».
Bref! C'est beau, très beau, et même mieux qu'ailleurs. À chacun d'apprécier.
Les
Zoulous, «fils du ciel», représentent l'ethnie la plus importante
numériquement (7 millions) et culturellement d'Afrique du Sud. Leur
organisation sociale, au sein de la République sud-africaine, est de
type monarchique. Guerriers hors pair, ils ont maintes fois donné, au
cours de l'histoire, la preuve de cette réputation, notamment contre
les Anglais et les Boers, outre leurs rivalités intestines parfois
meurtrières.
Aussi sommaire que soit l'approche de cette société, par le biais de la
danse, du chant et de l'artisanat, elle permet un contact avec
«l'Afrique véritable», dixit le guide touristique que nous avons sous
les yeux.
Après un ultime safari dans la Hluhluwe Game Reserve, une soirée à
Durban nous replonge soudainement dans l'atmosphère de la ville, avec
ses immeubles sans caractère, son architecture moderne et les multiples
distractions d'une station balnéaire. Seul hic, et mieux vaut en être
averti: tout comme à Johannesbourg, Durban est une ville peu sûre pour
les escapades solitaires. Vol à la tire et criminalité atteignent ici
encore un taux élevé. «C'est, commente étrangement notre guide Joseph, le
prix que l'Afrique du Sud doit payer actuellement à la démocratie
retrouvée. Il faudra du temps, et surtout un grand effort d'éducation,
pour que cette situation évolue.»
Cap au Sud
Durban-Le
Cap: deux heures d'avion. L'arrivée dans la seconde capitale
administrative d'Afrique du Sud a déjà des airs de fin de voyage. Dans
ses quartiers les plus huppés, en front de mer, Cape Town semble un peu
figée dans sa splendeur d'antan, héritière de monuments d'une autre
époque. Ceux-ci contribuent bien sûr à sa réputation. Ils ne sauraient
toutefois estomper l'après-apartheid qui est encore loin d'avoir opéré
la véritable révolution de la «nouvelle» Afrique du Sud, leitmotiv de
Nelson Mandela et de ses successeurs.
On a décrit Le Cap comme l'une des plus belles villes du monde.
Admettons! Il est certain en tout cas qu'on ne sait trop où la situer à
en juger par l'atmosphère qui y règne. Est-on encore en Afrique? Ou
bien dans une certaine Europe transplantée?
Fondée en 1652 par les navigateurs hollandais comme station de
ravitaillement sur la route des Indes, la ville est surplombée par la
Montagne de la Table, accessible en téléphérique lorsque le temps le
permet.
Elle est le point de départ d'une excursion en bateau pour atteindre
Duiker Island, refuge de diverses espèces d'oiseaux, mais surtout de
milliers de phoques, espèce protégée en Afrique du Sud.

Autre excursion ô combien incontournable, en empruntant la Chapman's
Peak, une route panoramique encadrée d'un côté par un massif de granit
rose, de l'autre par un à-pic plongeant dans l'Atlantique: le cap de
Bonne-Espérance, atteint après un arrêt au Cape Point. Le navigateur
Francis Drake écrivait ainsi le site: «C'est l'endroit le plus imposant, le cap le plus grandiose qu'il nous ait été donné de voir tout autour de la terre.»
Assurément,
ce site, objet de tant de rêves et repère de tant de navigateurs,
semble n'avoir rien perdu de son caractère mythique. Découvert en 1487
par Bartolomeo Dias qui le dénomma «Cap des tempêtes», puis dix ans
plus tard par Vasco de Gama, à la recherche de la route des Indes, il
fut à l'origine de la fondation de la ville du Cap. Il n'est pas la
pointe la plus australe de l'Afrique, cette distinction revenant au cap
Agulhas. Il représente toutefois à lui seul l'un des symboles de
l'Afrique du Sud et, plus généralement, un haut lieu de notre histoire
humaine méritant, plus que tout autre site classé, de faire partie du
patrimoine mondial de l'human
ité.
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